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Bérurier (Alexandre-Benoît) : Inspecteur de police, fils de Francine et de Céleste Anatole Bérurier. Il est l'un des principaux auxilliaires de San-Antonio, et, avec Pinaud, son meilleur ami. S'il fallait trouver une affiliation littéraire au personnage de Bérurier, on citerait Falstaff; mais Béru est un Falstaff à la puissance "n".

Buveur, bâffreur, baiseur, braillard, bagarreur, inculte, repoussant de saleté, fort comme dix Turcs, outrancier en tout, Bérurier est un ogre de démesure.

"Ses oreilles en conques marines, ses tifs graisseux sous le bord du bitos effondré, son nez comme un projet de groin, son regard couleur de rubis, sa bouche en forme de sandwich, ses pommettes sous lesquelles on voit circuler le beaujolais." (75).

"J'ai une vue plongeante sur ses amygdales morillesques, sur sa langue plus chargée que le porte-bagages de campeur, sur ses ratiches jaunasses, crevassées, ébréchées (les fausses plus encore que les vraies)." (59). Il faut bien le dire, Béru est avant tout un gros un gros dégueulasse , capable de provoquer une catastrophe nationale (quand bien même ne s'agit-il que de la petite nation Belge) du seul fait d'éructer : "Il finit la quille de rouille. Et alors, chapeau. Un machin pareillement gazeux, le démolir sans respirer, faut pas craindre les bulles à ressort. Par contre, quand il repose la bouteille, il émet un quelque chose que j'serais en peine de te qualifier. Barrissement, rugissement, feulement, sirène, explosion souterraine, crash d'avion, Hiroshima, rencontre de locomotives ? Faiblard, tout ça. Sirupeux. Ouaté... Ténu. Murmure, glouglou, soupir... Non, le truc à Bérurier, j'vais te dire, pour essayer : suppose l'Empire State Building plein de bombe, et qui s'écroule. Hein ? Imagine et t'approcheras un peu du réel. T'auras un début de brouillon pour réaliser la vérité. L'entre-concevoir. C'est tel, c'est si, c'est tant, que mon bigophone se met à grelotter. Le portier de nuit qui, affolé, demande ce qu'est arrivé, s'il faut alerter les pompelards, si y a mort d'homme. Pour le rassurer, je dois user de diplomatie. Son standard est soudain bloqué par les clients qui paniquent. Des qui dormaient et sont tombés du lit, des qui limaient et qui s'sont cassés le noeud dans la déflagration. Des enfants chéris qui convulsent. Et puis encore, et rencore... La quétude bourgeoise compromise, la paix belge malmenée. Au château royal on entraîne dare-dare leurs majestés dans les abris antiatomiques. Les aiguillesdes sismographes ont toutes tiré un bras d'honneur en même temps." (93). On le voit, Bérurier figure l'exutoire littéraire favori de San-Antonio; car : "Toujours ce histoires de cul et corne-cul, Béru. Je m'y suis fait; Son horizon privé, cézigue-pâte, c'est fesse et bouteille. Plus castagne, certes." (108). Mais le personnage, pour caricatural qu'il soit, n'est pas aussi simple que cela. CIl incarne également la sécurité organique, la droiture et la loyauté, toutes choses indispensables à un intellectuel torturé comme San-Antonio: "Avec le Gros, la vie est toujours simple et tranquille comme dans du Verlaine. Quand tu veux remettre ta pendule à l'heure, une seule adresse : celle de mister Alexandre-Benoît. A son contact, les cœurs en arythmie se calment, les pensées brûlantes se refroidissent, les projets les plus funestes partent en couille et l'existence reprend du poêle de l'ablette." (126). D'autres caractéristiques du personnage ne peuvent être passées sous silence; ainsi son pénis démesuré : " Je rappelle se fait hystéro-hystorique que Sa Majesté est chibrée à quarante centimètres virgule deux " (132).; son courage physique : " Béru est ce qu'il est : gueulard, renaudeur, picoleur, soudard, et tout. Mais la témérité, c'est son lot." (59); ou encore, pour ne pas dire surtout, son parler.

Béru s'exprime en effet "Dans ce langage impropre qui pourtant lui est propre" (59) - langage dont cet ouvrage témoigne assez pour n'y pas revenir ici. Sur ce point, nous renvoyons le lecteur au roman "Si queue d'âne m'était conté" (208), véritable tour de force littéraire puisqu'il s'agit rien moins que d'un monologue de Bérurier, long de plus de 400 pages grand format. Pour l'aspect biographique, signalons que Bérurier est originaire d'un village de Normandie, Saint-Locdu-le-vieux; à cet égard, Béru demeure un homme issu du milieu rural, au solide bon sens terrien.

Il débute dans la police au plus bas échelon, puisqu'il est gardien de la paix : "J'suis démarré dans la Poule à la circulation et j'étais justement proposé au quartier saint-D'nis." (137). Le lecteur, toutefois, fait sa connaissance alors qu'il est déjà inspecteur. San-Antonio évoque leur première rencontre, a posteriori, en ces termes : "Je me rappelle le jour où il est arrivé dans mon service, le gros Béru. Il avait un peu moins de brioche et de brio, il était plus rose, plus propre, ou, pour être juste, moins cradingue. Ca faisait pas longtemps qu'il avait quitté l'uniforme. On m'avait prévenu : "C'est un plouc, mais un merveilleux chien de chasse. Il est moins c... qu'il en a l'air, vous verrez. Il peut vous être utile" (64).

Il est promu inspecteur principal en 1969. Mais, en dépit de l'inculture et de la grossièreté du personnage, la carrière de Bérurier est fort brillante : il accède au poste de directeur de la police en 1981, conséquence du changement de pouvoir politique qui provoque l'éviction du trop bourgeois Achille. La raison d'une si prestigieuse promotion est invoqué par Alexandre-Benoît lui même; selon lui, elle est due au fait que sa nièce Marie-Marie, militante socialiste, l'a inscrit au parti à son insu. Même si Béru se maintient fort peu de temps dans ces fonctions, notons qu'il est sans doute le seul directeur de la police à avoir reçu le président de la République cul nu, suite à un désagrément intestinal qui a rendu inutilisable son pantalon (114).

Ce n'est pas tout, car Bérurier ira encore plus haut : un peu plus tard, il est nommé ministre de l'Intérieur (121). Il conservera brièvement le portefeuille, suffisamment en tout cas pour que le lecteur ait l'occasion de l'admirer dans ses œuvres diplomatiques au cours d'un voyage officiel en U.R.S.S. : "Un de la délégation française qui produit son petit effet, c'est le ministre de l'Intérieur, M. Alexandre-Benoît Bérurier. Campé devant le buffet, il porte toast sur toast en exécutant des cul-sec sans ostentation, non pas en s'aidant de la nuque façon von stroheim, mais en mobilisant simplement sa glotte. Il balance le verre de vodka dans sa soupe à picole : tiaff ! Avale dans la foulée. Change son verre vide contre un plein, recommence. Elle clame bien haut, l'Excellence : - je bois au Kremlin ! - Tiaff ! - je bois à Bicêtre ! - Tiaff ! - je bois au tsar ! - Tiaff ! - je bois au président Staline ! - Tiaff ! - je bois au maréchal Trotsky ! - Tiaff ! Ces homologues n'arrivent pas à le suivre." (122).